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Vers une interprétation contemporaine de l'architecture traditionnelle

Construire un nouvel hôpital sur un autre continent représente une double édification : l’édification de l’architecte précède celle du projet. Dans un premier temps, il faut prendre le temps de saisir l’atmosphère du pays d’accueil, d’en comprendre les usages et les singularités. L’édification du projet peut ensuite commencer. Émerge alors une architecture intégrée au contexte en phase avec le climat et économe en moyens.

Première édification – Concevoir un projet commence sur le site. Percevoir la présence de l’océan, la couleur et la chaleur du sable, le vent qui souffle du large ou du désert. Puis parcourir la ville, s’attarder sur les chantiers en cours, s’informer sur les pratiques constructives et les matériaux disponibles, visiter les hôpitaux existants pour en comprendre le fonctionnement quotidien. Avant la première esquisse, la visite des hôpitaux de Dakar nous a permis d’identifier un enjeu majeur du projet : comment maîtriser les flux des patients et de leurs familles pour faciliter le travail des équipes soignantes ?

Deuxième édification – Le plan de l’hôpital est construit à partir d’un axe médical entouré par plusieurs enveloppes concentriques qui servent de filtres entre l’activité hospitalière et le public. Ces filtres assurent la gestion des flux et permettre au personnel de soigner les patients dans les meilleures conditions.

Masterplan du campus hospitalier et universitaire

Principe des filtres

L’enceinte qui entoure le site de 12 hectares délimite un parc dans la ville et forme le premier filtre. Elle établit aussi une hiérarchie entre les différents accès de l’hôpital selon la nature des flux public, médical ou logistique. La périphérie de Dakar subit une pression immobilière continue et le maintien d’un vaste jardin semi-public constitue une offrande au quartier. Les espaces de distribution et d’attente du public qui occupent la périphérie des bâtiments hospitaliers constituent le second filtre. Partant du porche d’accueil, le public accède aux services ambulatoires, aux urgences et aux unités d’hospitalisation sans pénétrer au cœur du l’hôpital. Un troisième filtre est installé en amont des urgences. Un dispositif de triage des patients est mis en place pour éviter l’engorgement du service et rediriger les cas légers vers les dispensaires. Au centre du projet, la galerie centrale est réservée au personnel médical, à la logistique et aux transferts de patients.

La répartition des services de part et d’autre de la galerie médicale est très simple. D’un côté, les unités d’hébergement sur deux niveaux, de l’autre les services ambulatoires au rez-de-chaussée et les services interventionnels à l’étage. Les locaux logistiques sont disposés au sous-sol de part et d’autre de l’axe de distribution central. Les trois étages sont connectés par des batteries de monte-lits et de monte-charges, une rampe assurant le relai en cas de défaillance technique.

Enfin, le programme à vocation universitaire prévoyait dès le départ la possibilité d’étendre la capacité de 300 à 500 lits en y ajoutant des espaces d’enseignement et de recherche et des logements de fonction pour former un campus dédié à la médecine.  Le concept de l’hôpital intègre cette dynamique d’extension. La galerie centrale et les galeries périphériques sont conçues pour s’étendre vers l’océan et agréger de nouvelles ailes.

Comment faire d’un grand hôpital un agréable voisin ?

Case Study - CHWAPI

Comment faire d’un grand hôpital un agréable voisin ?

Plan du rez-haut
Plan du niveau +1
Hôpital Universitaire Dalal Jamm

Du sable et des coquillages

Basé sur une approche bioclimatique et low-tech, la démarche conceptuelle propose une interprétation contemporaine de l’architecture traditionnelle faite de jardins, de murs massifs et d’ouvertures proportionnées pour maîtriser la lumière, l’ensoleillement et la ventilation naturelle. Elle privilégie aussi la mise en œuvre de matériaux locaux et utilise avec parcimonie les équipements techniques sophistiqués.

Tout commence par l’implantation à la recherche du minimum de terrassement. Le projet se pose sur la déclivité du terrain de sorte que le sous-sol logistique se glisse sous le bâtiment sans générer de mouvement de terre important. L’orientation Nord et Sud des façades principales est dictée par le souci de se protéger au mieux des apports solaires. En effet, la position zénithale relativement stable du soleil au Sud est facilement contrôlée par des dispositifs de protection horizontaux.

L’hôpital se développe autour de patios qui assurent à la fois l’apport de lumière et la ventilation naturelle. Dans les unités d’hospitalisation, la circulation de l’air est activée par des ouvertures en façade et des cheminées d’aspiration qui traversent les étages. Les plantations des jardins génèrent des microclimats qui rafraîchissent l’air qui pénètre dans les bâtiments. La climatisation est réservée aux services dont la qualité de l’air doit être contrôlée, comme le quartier opératoire ou les laboratoires. Des panneaux photovoltaïques fournissent une partie importante de l’électricité nécessaire à la production de froid.

L’ossature et les planchers sont réalisés en béton avec remplissage de parpaings fabriqués sur le chantier. Murs et toitures sont isolés pour réduire les apports thermiques à l’intérieur du bâtiment. Les enduits des façades sont réalisés en associant deux ressources locales : du sable de couleur ocre et des coquillages blancs pilés provenant du littoral tout proche. Les matériaux de second-œuvre tels que les plaques de plâtre des plafonds ont également été réalisés sur place par des artisans. Denrée précieuse dans cette région subsaharienne, l’eau de pluie est récupérée pour être réutilisée dans les sanitaires et l’irrigation des jardins.

« Nous avons cherché à proposer une interprétation contemporaine de l’architecture traditionnelle subtropicale »

Roland Roquiny managing partner
Principe de ventilation naturelle dans les unités de soins
Hôpital Universitaire Dalal Jamm

Un hôpital public de référence, moderne et résilient

Le projet, initié par l’état sénégalais et financé par des fonds internationaux, a été livré en 2016. Destinée à devenir un hôpital de référence parmi les plus modernes d’Afrique de l’Ouest, l’infrastructure bénéficie d’un niveau technique très élevé et privilégie le confort du patient et la sécurité du personnel médical. Les unités de soins comportent des chambres doubles et des chambres individuelles avec terrasse. Au premier semestre 2020, l’hôpital a été désigné comme centre de référence au Sénégal pour la gestion de la crise sanitaire provoquée par le Covid-19.

Cette capacité de résilience en temps de crise est rendue possible grâce aux choix qui ont guidé la conception du projet. Tout d’abord, La répartition des services sur trois niveaux et l’organisation des circulations garantissent une séparation claire des flux médicaux, public et logistique tout en limitant les risques de mauvaise accessibilité en cas de panne des ascenseurs. Par pallier toute éventualité, une rampe d’accès desservant tous les étages a été intégrée à la galerie centrale. Cette galerie est conçue pour pouvoir se prolonger et nous avons déjà prévu les ouvertures pour connecter des ailes supplémentaires. Toutes les parties du bâtiment ont été conçues pour pouvoir être étendues à chaque niveau. Les toitures-terrasses sont prévues comme réserves d’extension, la structure ayant été dimensionnée pour supporter des charges supplémentaires. Certains locaux techniques ont également été légèrement surdimensionnés pour absorber l’agrandissement ou la modernisation de l’infrastructure dans le futur. Au niveau conceptuel, nous avons réellement pris en compte à chaque étape les impératifs de flexibilité et de modularité indispensables à une infrastructure résiliente, avec en ligne de mire le projet d’extension de 200 lits.

Galerie d’images

Immersion dans l'hôpital Dalal Jamm durant la pandémie Covid-19

© Medi1TV Afrique

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